C’est le fruit d’un hasard que les chemins d’Adèle Couvert et de Robin Douady se croisent en octobre 2017. L’une est alors âgée de 17 ans, l’autre de 15 ans. Tous deux sont des mélomanes avec un penchant pour l’écriture et la guitare acoustique, et se retrouvent lors d’un stage au Conservatoire de Voiron, non loin de Grenoble. Le binôme se met bientôt à faire la tournée des cafés ensemble, donnant des concerts acoustiques. Partageant la scène, mais jamais les compositions musicales. “Il faut une certaine confiance pour écrire une chanson avec quelqu’un et je pense qu’avant, on était pas prêts”, explique Adèle.
Puis tout a changé grâce à un voyage en Europe commencé en décembre 2019. Une expérience qui a rapproché le duo plus que jamais. “Ce voyage nous a permis de nous dire : ‘C’est pas grave, je peux laisser quelqu’un d’autre un peu trafiquer mes paroles’”, ajoute la musicienne. Dès lors, Adèle et Robin commencent à découvrir les joies de l’écriture à quatre mains, et ainsi démarre la création d’un disque. “On s’est dit au début du confinement: ‘On se bouge pour faire en sorte de professionnaliser ce projet!’”, raconte l’autre moitié du tandem. Leur premier EP commun, Yam, avec ses 5 titres, est fin prêt et prévu pour une sortie durant l’automne 2021 (entre septembre et octobre).
“C’est drôle, c’est comme si, avant, c’était Adèle et Robin, et maintenant c’est Adèle-et-Robin”, fait remarquer Adèle, avant de laisser échapper un rire. “On peut enlever les tirets”, plussoie Robin.
AdèleetRobin viennent de sortir leur premier single le 28 mai, Demain, qui a droit à un clip. “On a fait quelque chose comme quatre tentatives avant d’en avoir un diffusable à nos yeux et qui réponde à nos exigences”, précise le Grenoblois. “A nos yeux, il y a des défauts encore”, dit Adèle. A l’occasion, rencontre avec ce duo de perfectionnistes qui croient pourtant dur comme fer à la force du hasard.
Tout d’abord, une question que l’on peut se poser quand on voit le titre : est-ce qu’il s’agit d’une référence au documentaire Demain (2015), de Cyril Dion et Mélanie Laurent ?
Adèle Couvert : En vrai, pas du tout mais au final, dans le résultat, on pourrait y voir un rapport avec cette question de l’écologie. Demain est autant une chanson personnelle qui peut aller jusqu’à cette dimension-là aussi, mais ce n’était pas du tout pensé pour être un clin d’œil à la base.
Robin Douady : C’est l’urgence, quoi. Autant sur le plan personnel, c’est-à-dire de ne pas attendre les autres pour faire ce qu’on a à faire, que sur le plan de l’action environnementale.
Qu’est-ce qui vous a décidé·e·s à écrire cette chanson ?
AC : C’est comme beaucoup de chansons, ça vient d’un petit feeling, d’une idée, et après on continue sur cette lancée. J’avais cette phrase en tête : “Parle-moi demain.” Et c’est parti de ce mot-là, en fait. Je n’ai pas vraiment d’explication.
RD : Des fois, on ne sait pas pourquoi certaines phrases sortent. Parce qu’elles sont jolies…
AC : On leur donne un sens.
RD : Ouais. On les retape pour leur donner un sens.
Et cette idée d’urgence dont vous parlez – que ce soit sur le plan personnel ou au niveau de ce qui se passe plus globalement dans le monde –, est-ce quelque chose que vous avez en tête depuis longtemps ou est-ce une prise de conscience assez récente ?
AC : Je pense que c’est plus une prise de conscience parce qu’on grandit, qu’on se rend compte qu’on ne veut plus attendre pour faire les choses qu’on a envie de faire. J’ai l’impression que, quand on est jeune, on passe son temps à dire : “Ah, quand je serai plus grand, je ferai ci et ça.” Et maintenant, on commence à être… plus grands. On ne se dit plus “quand je serai plus grand”, c’est maintenant, quoi.

Est-ce que la pandémie a changé quelque chose à votre vision de la vie ? Peut-être a-t-elle participé à cette prise de conscience encore plus ?
RD : Oui, oui. Dans la mesure où, le fait d’être confiné·e·s et de ne pas pouvoir faire de concerts – comment dire que la culture a été plus confinée que le reste –, ça nous a donné l’envie-
AC : Et le temps.
RD : Alors, déjà ça nous a donné effectivement le temps de finir l’EP qui va sortir cet automne et dont Demain est le premier single. La pandémie nous a permis de n’avoir “que ça à faire”. Mais ça nous a aussi investi·e·s encore plus dans la musique. Parce qu’en ce moment, c’est l’embouteillage; tout le monde a écrit son album pendant le confinement et le sort. Donc défendre notre disque dans les mois à venir va être quelque chose sur laquelle on va devoir s’acharner autant plus.
AC : Il faut savoir que cette chanson date d’avant le confinement, mais on l’a vraiment travaillée pendant le confinement. C’est là où on l’a vraiment développée.
Tout au long du clip, il y a un dé présent. Pourquoi un dé ?
AC : A la fin de l’écriture des chansons de l’EP – qu’on a appelé Yam – on s’est rendu compte qu’elles avaient toutes un thème commun : les enjeux du fait de grandir, de découvrir un peu la vie. Et il y avait toujours cette question, cette interrogation : “Qu’est-ce que le hasard ?” On s’est dit que le dé était la chose qui représentait le mieux ça. Et aussi, quand on a voyagé en Europe avec Robin, il est allé au Young African Art Market, le YAAM-
RD : C’est un quartier à Berlin.
AC : Et donc, la dernière chanson s’appelle Yam.
RD : Mais avec un seul “a”.
AC : Comme le jeu de dés. Et on s’est donc dit que l’EP tournerait autour de cette symbolique. Sur la pochette, il y a aussi un dé dessus. On voulait tout lier, en fait.
RD : Il y a de très fortes chances que dans ce qui va sortir, on retrouve quelques fois le dé par-ci par-là.
Et vous pensez qu’il y a beaucoup de hasard dans la vie ?
Les deux : (rires)
AC : Bah ouais.
RD : Oui ! Oui et non.
AC : Dans la musique, il y a beaucoup de hasard. Le fait que ta musique plaise ou pas… C’est une question qu’on s’est vraiment beaucoup posée : “Qu’est-ce qui fait qu’une musique plaît ?” Et c’est vraiment du hasard. Vivre de la musique, c’est du hasard aussi.
RD : Disons que c’est un hasard, et on peut tout faire pour que ça n’en soit pas un, mais au final, ça en reste un. Nous, on a la chance de bosser avec un label depuis presque un an sur cet EP, avec une équipe qui est super et de chouettes partenaires. Mais t’as beau claquer beaucoup d’argent dans de la com’, par exemple, et combien même la com’ aura fait son boulot, tu auras 4 vues, ça plaira pas et tant pis quoi.
AC : (rires)
Est-ce que vous pensez réellement que le hasard a à voir avec le fait que la musique plaise ou pas ? Ou plutôt si la musique trouve de la visibilité ou pas ?
RD : Les deux.
AC : Ouais, les deux.
RD : Après, le but, aussi, c’est de faire une musique qui puisse parler un peu à toutes les générations. Et on a quand même fait un assez gros travail avec le réalisateur Rémi Guirao pour que le message de la chanson passe même si on ne parle pas la langue. On espère, et en tout cas c’est ce qu’on essaie de faire, que notre musique sera compréhensible pour tout le monde.
AC : Mais sinon oui, je pense qu’il y a du hasard un peu dans tout, même si on essaye de le réduire au maximum en travaillant dur.
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